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LA CONSTITUTION DE LULUABOURG CONSACRAIT L'ECLIPSE DES
LUMUMBISTES. |
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Lumumba
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On ne réalise pas aujourd'hui l'intensité
de la victoire des lumumbistes aux élections législatives
de mai 1960. Ce fut un raz-de-marée impressionnant.
Mais c'est à l'épreuve du pouvoir que va commencer
leur drame. Le pic sera atteint le 5 septembre 1960. Ce
jour-là, Kasa-Vubu révoque le Premier ministre
Lumumba et six de ses ministres dont Antoine Gizenga, le
vice-Premier ministre, Remy Mwamba de la Justice, Gbenye
de l'Intérieur, Anicet Kashamura de l'Information,
Pierre Mulele de l'Education nationale. Les malheurs des
lumumbistes venaient de commencer.
Minés par des déchirements internes quasi
enfantins, ils seront en même temps broyés
par leurs ennemis de Léopoldville. La Constitution
de Luluabourg va les marginaliser pour longtemps.
IMPLOSION DES LUMUMBISTES
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Mobutu
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Quoique le colonel Joseph-Désiré
Mobutu ait neutralisé le chef de l'Etat et le Premier
ministre le 14 septembre 1960, en réalité
Kasa-Vubu va continuer à exercer normalement ses
fonctions présidentielles. Seul Lumumba est réellement
empêché d'agir. Il est confiné à
sa résidence officielle (l'actuel bureau du vice-président
Jean Pierre Bemba), entouré de deux ceintures de
militaires : les Casques bleus de l'ONU, bouclés
par l'Armée nationale congolaise (Anc). Le gouvernement
des étudiants universitaires (le Collège des
Commissaires généraux), tracté par
Kasa-Vubu et Mobutu, étend son contrôle sur
le pays et pour chasser les lumumbistes. Ces derniers réalisent
très vite qu'ils ne pourront rien faire à
Léopoldville (Kinshasa). Ils envisagent de se replier
sur Stanleyville (Kisangani), bastion lumumbiste, pour y
poursuivre la lutte.
Le vice-Premier ministre Gizenga arrive à Stanleyville
en novembre 1960. Le gouvernement provincial, avec Finant
(le père de la chanteuse Abeti Masikini), est acquis
à la lutte qui s'engage. Tous les officiers militaires
pro-Mobutu sont relevés de leurs fonctions. Le gouvernement
de la République populaire du Congo, avec Gizenga
et Gbenye, gagne du terrain. Il conquiert le Kivu jusqu'à
Manono (Katanga), rafle le Sankuru et s'empare même
de Luluabourg (Kananga) pour un temps.
Très vite, les lumumbistes seront caractérisés
par des luttes intestines, parfois sanglantes et une désunion
remarquée. A la Table ronde de Léopoldville
de février 1961, les partis lumumbistes tentent de
fusionner : les délégués du Mnc/L,
du Psa, du Cerea, de la Balubakat, de la Coaka, de l'Unc,
du Mouvement de l'unité Basonge, de l'Unibat et de
l'Alco forment le Fronaco (Front des nationalistes congolais),
qui fera long feu. En mars 1961, le Mnc/L convoque à
Stanleyville un Congrès pour désigner un successeur
légal de Lumumba. Pendant six mois, les lumumbistes
vont s'épuiser en vaines discussions sur la nouvelle
direction. Fin août 1961, Kamitatu Cléophas
et Gbenye négocient, à Léopoldville,
pour former un cartel lumumbiste devant comprendre le Mnc/L,
le Psa et la Balubakat. Antoine Gizenga, qui vient d'être
choisi par le conclave de Lovanium comme vice-Premier ministre
de Cyrille Adoula, tente de devancer ses rivaux lumumbistes.
Début septembre, Gizenga annonce à Stanleyville
que son parti, le Psa, vient de fusionner avec le Mnc/L.
Le résultat donne le Parti national lumumbiste (Panalu),
ancêtre de l'actuel Palu. Le chef du nouveau parti
est Gizenga lui-même. Très vite, le président
du Mnc/L, Gbenye, son vice-président Joseph Kasongo,
le président de la province Orientale Manzikala descendent
sur Stanleyville pour rejeter les prétentions des
nationalistes avant la réunion d'un Congrès
des nationalistes.
RENVOI DU PARLEMENT
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15.9.1961: Antoine Gizenga et Cyrille
Adoula
(le vice et le 1er ministre congolais)
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Au début 1962, une partie des lumumbistes
entre au gouvernement Adoula avec en tête l'aile Kamitatu
du Psa. Les autres refusent d'y adhérer. Il s'agit
de l'aile Gizenga du Psa, d'une fraction du Mnc/L et du
Cerea. Décidément, les lumumbistes sont divisés
et s'entre-déchirent.
La première Constitution du Congo indépendant,
la Loi fondamentale, était provisoire. Sa durée
maximale devait être de quatre ans. Donc, elle ne
devait pas aller au-delà du 30 juin 1964. La nouvelle
Constitution devait être l'uvre de deux chambres
législatives du Parlement congolais. La Commission
constitutionnelle gouvernementale, dirigée par le
secrétaire d'Etat à la Justice, le professeur
Marcel Lihau, et une commission de trois experts de l'Onu,
produisent des projets de Constitution. Tous ces documents
atterrissent au Parlement, qui se fera remarquer par sa
lenteur. Le 28 mars 1963, s'ouvre la 6ème session
ordinaire du Parlement. L'échéance fatidique
du 30 juin 1964 s'approche dangereusement car, au-delà,
ce sera un vide juridique terrifiant.
Alors, Kasa-Vubu agite la sonnette d'alarme dans son discours
d'ouverture aux parlementaires : " Si nous voulons
que le pays soit gouvernable, il est indispensable de lui
donner une Constitution définitive. Celle-ci est
réclamée par tous ". Malheureusement,
à la fin de la session ordinaire en juin 1963, le
travail est insignifiant suite à " l'absentéisme
de la Commission et à l'incompétence de la
plupart en matière juridique constitutionnelle ".
Kasa-Vubu est très déçu : le 30 juin
1964 approche. C'est dans un an et les jours passent vite.
Alors, il convoque les chambres dès le 26 août
en session extraordinaire. La session doit commencer le
30 août pour cent jours. Le seul point à l'ordre
du jour est l'adoption de la Constitution. Rien d'autre.
Les parlementaires refusent de se plier à cet unique
point du calendrier qui les prive de la possibilité
de censurer le gouvernement. Un bras de fer dangereux s'engage
entre le Parlement et les chambres. De guerre lasse, Kasa-Vubu
prend, le 29 septembre, la grave décision de renvoyer
le Parlement en vacances sine die, sans possibilité
de reprise. Le même jour, le chef de l'Etat prend
deux ordonnances : l'une institue une commission constitutionnelle
devant siéger à Luluabourg (Kananga) pour
élaborer un projet de Constitution à soumettre
au référendum, l'autre dote le gouvernement
du pouvoir de légiférer par ordonnances-lois
jusqu'à la promulgation de la future Constitution.
CHASSE AUX LUMUMBISTES
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Kasa-Vubu
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Déjà, le 25 septembre, le
Sénat avait défié Kasa-Vubu en votant
une résolution qui exigeait la libération
immédiate d'Antoine Gizenga incarcéré
à l'île de Bula-Mbemba. Le même jour,
une manifestation conjointe Mnc/L et Psa est organisée
pour la libération de Gizenga. Le pouvoir réagit
fermement, sept députés lumumbistes sont mis
aux arrêts le 29 septembre. La mise en congé
du Parlement est applaudie par toute la presse. C'est la
même réaction au niveau des syndicats importants
: Utc, Fgtk, Cslc et la redoutable Ugec (Union générale
des étudiants congolais), mais qui exigent aussi
l'extension de la mesure au gouvernement taxé d'incompétent
et de corrompu. A l'opposer, les partis politiques de l'opposition
lumumbiste, majoritaires au Parlement, vont déterrer
la hache de guerre. Ils se réunissent du 29 septembre
au 3 octobre. Ils vont créer à Léopoldville
(et non à Brazzaville) le Conseil national de libération
(Cnl) le 3 octobre. Le Cnl vise à s'opposer aux mesures
prises le 29 septembre et renverser le gouvernement Adoula.
Le Cnl, qui sera à la base de la terrible rébellion
muleliste, va conquérir durant l'année 1964
les trois-quarts du pays. Et se divisera en deux blocs :
le Mnl/Gbenye avec Soumialot, Laurent-Désiré
Kabila; et le Mnl/Bocheley avec Gizenga, Pauline Lumumba,
Pierre Mulele, Lubaya (le père de l'actuel gouverneur
du Kasaï Occidental).
La création du Mnl pousse le pouvoir à se
raidir et à prendre des mesures très musclées.
La ville de Léopoldville (Kinshasa) est mise sous
régime militaire spécial et déclarée
en état d'exception. Le ministre de la Défense
nationale, Jérôme Anany (qui figurera en 1966
parmi les pendus de la pentecôte de Mobutu, avec Kimba,
Bamba et Mahamba) est désigné Commissaire
général extraordinaire de Léopoldville.
Il a deux assistants : le ministre de la Justice Justin
Bomboko et son collègue de l'Intérieur Maboti.
Deux coordinateurs leur sont attachés : l'Administrateur
en chef de la sûreté nationale Nendaka se charge
des affaires judiciaires et celles de sûreté;
le secrétaire général à l'Intérieur,
Damien Kandolo, se charge des affaires civiles et militaires.
Le rouleau compresseur se met en marche avec une détermination
infernale : tous les partis lumumbistes sont frappés
d'interdiction. Il s'agit du Mnc/L, Psa de Gizenga, Uda
de Lubaya, Pncp. Leurs dirigeants sont mis aux arrêts.
D'autres s'enfuirent à Brazzaville, où s'installera
le Cnl pour activer la rébellion muleliste commencée
déjà en juillet 1963. Les leaders syndicalistes,
qui manifestaient un peu trop au goût du pouvoir,
sont mis aux arrêts. Il s'agit de André Bo-Boliko,
Alphonse Roger Kithima, Thomas Booka et Remy Siwa. Le journal
" Présence congolaise " de Joseph Mbungu
est suspendu pour 6 mois, pour publication d'articles "
de nature à troubler l'ordre public ".
COMMISSION CONSTITUTIONNELLE
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Tshisekedi et Mobutu
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Le 27 novembre 1963, Kasa-Vubu prend une
ordonnance fixant la composition et l'organisation de cette
commission. Elle doit avoir 127 participants. Le parlement
majoritairement lumumbiste n'est pas représenté,
du fait de son ajournement. Les partis lumumbistes dissous
et traqués sont absents. L'Ugec refuse d'y participer
" pour cause d'illégalité de l'entreprise
". Les syndicalistes libérés le 9 décembre
1963, décident finalement d'y participer.
Par ordonnance du 13 décembre 1963, Joseph Ileo est
nommé à la présidence de la Commission
constitutionnelle. Le 17 décembre 1963, Marcel Lihau,
professeur en Droit à l'Université Lovanium
(actuelle Unikin) est nommé par le Premier ministre
Adoula comme secrétaire général de
la Commission composée de jeunes universitaires congolais
: Etienne Tshisekedi, Barthélemy Dipumba, Lundu,
Mantomina, Albert Mpase, Paul Muhona, Wembi et Henri Takizala.
La Commission constitutionnelle s'ouvre à Luluabourg
le 10 janvier 1964 par un discours de Kasa-Vubu. Les travaux
vont durer trois mois, jusqu'au 10 avril 1964. Le projet
de Constitution, soumis au référendum du 25
juin au 10 juillet, sur la partie du Congo non occupée
par la rébellion lumumbiste, sera promulgué
le 1er août 1964 par Kasa-Vubu. Sans surprise, la
Constitution de Luluabourg va consacrer les thèses
fédéralistes contre les thèses unitaristes
des lumumbistes.
Même dans la gestion du pays, les lumumbistes seront
marginalisés. Il faudra attendre le samedi 17 mai
1997, pour les voir rebondir, par M'zee Kabila, l'ancien
maquisard de Fizi-Baraka. Dans l'entre-temps, Mobutu aura
débauché et manipulé pour son pouvoir
plusieurs lumumbistes : Kiwewa, le général
Victor Lundula, Tony Mandungu, Mungul-Diaka, Kitenge Yezu,
le sinistre Faustin Manzikala, Cléophas Kamitatu,
Thomas Kanza.
Texte de Tshilombo Munyengayi, Ass. Fac. Droit, Unikin-
/ Tiré du journal Le Potentiel du 29 août 2005.
Photos: archives www.rd-congo.info
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