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Le Parlement congolais : une évolution
en dents de scie
Pour mieux comprendre le fonctionnement de lactuel Parlement
de transition, il est nécessaire dexaminer lexpérience
passée de la République démocratique du Congo
(Rdc) quant à la gouvernance parlementaire. A y voir de
près, cette expérience est très limitée.
Rien détonnant de constater que les parlementaires
congolais commettent les mêmes erreurs chaque fois quils
sont appelés à voter des lois essentielles devant
présider aux destinées du pays. Cette page dhistoire
est le fruit de plusieurs études, principalement celle
de lInstitut sud-africain des Affaires internationales (Saiia),
dans son rapport sur le renforcement de la démocratie parlementaire
dans les Etats de la Sadc. Il ressort de cette étude que
lhistoire du système politique de la Rdc depuis lindépendance
peut être retracée en cinq grandes périodes.
A lissue de lAccord global et inclusif signé
à Sun City en décembre 2002, des institutions ont
été mises en place pour une transition de deux ans.
Le Parlement national est lune des institutions les plus
importantes créées par la transition, et celui-ci
a obtenu la responsabilité de rédiger les lois nécessaires
qui mèneraient finalement aux premières élections
démocratique du pays depuis 44 ans.
Ce pendant, les membres du Parlement actuel comme dailleurs
ceux dautres institutions de la transition nont
pas été élus. Ils ont été sélectionnés,
on le sait, par les dirigeants des divers groupes présents
lors du Dialogue intercongolais en Afrique du Sud. Mais quelle
expérience a le Parlement congolais ?
DE LINDEPENDANCE A LANNEE 1965
Les délégués de la Table ronde de Bruxelles,
en 1959, adoptèrent un système électoral
de représentation proportionnelle (Rp) ainsi quune
loi électorale qui garantissait des « élections
libres et justes », où les partis politiques pouvaient
faire campagne librement. Cest sur ces fondations que les
premières élections post-coloniales démocratiques
pour le Parlement et les Assemblées provinciales eurent
lieu en mai 1960.
Ces élections furent assujetties au suffrage universel
et eurent lieu sur la base de la Loi fondamentale adoptée
par le Parlement belge le 19 mai 1960. La Loi fondamentale introduisit
un régime parlementaire fédéraliste, dirigé
par un double exécutif fort, mais qui ne parvient pas à
définir clairement les fonctions du Président de
la République et du Premier ministre.
Inspirée de la Constitution belge, la Loi fondamentale
prévoyait un système parlementaire de gouvernement
dirigé par un chef de lEtat, ou Président,
qui était élu par le Parlement, mais qui nétait
pas responsable envers celui-ci, et par un Premier ministre et
un cabinet responsables envers le Parlement bicaméral.
Chacune des six provinces fut dotée dune assemblée
provinciale élue sur la base du principe du suffrage universel
et une autorité considérable fut déléguée
aux assemblées élues. Ces assemblées provinciales
élirent alors à leur tour leurs autorités
provinciales.
Le premier Parlement comprenait deux chambres, à savoir
la Chambre des représentants et le Sénat. Les 137
membres de lAssemblée nationale étaient élus
pour un mandat de quatre ans, selon le système de pluralité
définissant les listes ouvertes (vote préférentiel
unique). Le pays fut divisé en 26 circonscriptions ; le
nombre de candidats variait entre 2 à 12, selon la taille
de la population dans la circonscription.
Le Sénat, qui comprenait 84 sénateurs, était
élu par vote partiel (indirect) par les six assemblée
provinciales. Quatorze sénateurs dont au moins trois
chefs traditionnels furent nommés pour chacune de
six provinces. Les sénateurs furent nommés par représentation
proportionnelle. Dans ce Parlement, les deux chambres disposaient
dun pouvoir législatif complet et égal, sauf
sur les questions réservées aux autorités
provinciales. Ainsi, par exemple, le chef de lEtat, Joseph
Kasa-Vubu, fut élu indirectement par le Parlement avec
159 votes, 43 contre et 11 abstentions. Le Premier ministre, Patrice
Lumumba, fut nommé, et pouvait à tout moment être
renvoyé par le chef de lEtat. Son gouvernement fut
approuvé par la Chambre des députés et le
Sénat : 74 députés votèrent pour,
un contre, il y eut cinq abstentions et 57 absences ; et 60 sénateurs
approuvèrent le gouvernement, à 12 votes contre
et 8 abstentions.
Mais, le « renvoi anticonstitutionnel » de Lumumba
par le président Kasa-Vubu, le 5 septembre 1960, fut rejeté
par le Parlement. Ce qui permit à Lumumba de renvoyer,
lui aussi, le président. A la suite de lintroduction
de la motion après lassassinat de Lumumba en janvier
1961, il y eut une succession de Premiers ministres nommés
par le président et fut approuvée par les deux Chambres.
Dans linstabilité politique créée
par les déclarations de sécession au Katanga et
dans le Sud-Kasaï, le président Kasa-Vubu suspendit
le Parlement en septembre 1963. Cest seulement en 1964 quune
nouvelle Constitution la Constitution de Luluabourg
fut approuvée par référendum. On y apporta
quelques modifications à légard de plusieurs
clauses électorales.
Des nouvelles élections eurent lieu en 1965 sous la nouvelle
Constitution. Moïse Tshombe fut élu chef du gouvernement
et la dynamique de la démocratie parlementaire réapparut.
Selon Claude Kabemba, « seuls les hommes congolais de 18
ans et au-delà purent élire le Parlement de 167
membres, dont le mandat était de cinq ans. Afin dentrer
dans la course électorale, il était nécessaire
dobtenir 100 signatures pour soutenir sa candidature ».
DICTATURE MILITAIRE: 1965-1967
Le règne de la démocratie parlementaire fut une
fois de plus interrompu en 1965 lorsque Mobutu effectua son second
coup dEtat. En effet, lorsque Mobutu prit le pouvoir en
1965, il établit une dictature fondée sur une centralisation
extrême du pouvoir et sur la personnalisation de lautorité
politique en suspendant le Parlement et en dirigeant par décret.
Il cumula par là tous les pouvoirs : exécutif, législatif
et judiciaire.
REINTRODUCTION DU SYSTEME PARLEMENTAIRE : 1967-1991
La Constitution de 1967 fit apparaître un Etat à
parti unique. En 1970, le Mouvement populaire de la Révolution
(Mpr) de Mobutu fut institutionnalisé comme lorgane
suprême de lEtat. Par conséquent, lespace
politique fut alors monopolisé par le Parti-Etat, qui fut
chargé dorganiser les élections. Le président
fut élu pour sept ans, et un Parlement de 217 membres fut
élu par le biais dune liste unique, pour une période
de cinq ans. Le Bureau politique du Mpr sélectionna les
candidats à la législature sans passer par le processus
électoral.
En 1975, une nouvelle loi fut adoptée par laquelle les
parlementaires devaient être élus par un système
de « claquement de mains » : les noms des candidats
étaient annoncés en public, et, au lieu de compter
le nombre de bulletins de vote, le niveau dapplaudissement,
évalués par des fonctionnaires du gouvernement,
déterminait lattribution des mandats.
Ce pendant, en 1977, le bulletin de vote secret réapparut.
Plusieurs candidats pouvaient poser leur candidature pour le même
siège au Parlement, mais leur nomination devait être
confirmée par le Mpr. En 1980, dans le cadre dun
effort délibéré visant à affaiblir
le Parlement, Mobutu créa le Bureau politique du Mpr, qui
était chargé dorganiser les élections
parlementaires et de sélectionner les députés
pouvant entrer au Parlement. En 1981, un groupe de 13 députés
rédigea une lettre à Mobutu, demandant la libéralisation
de lenvironnement politique. En 1982, un système
de liste unique fut réintroduit et les candidats furent,
une fois de plus, nommés par le Bureau politique du Mpr.
En 1987, le Parti-Etat mit en place un système délections
semi-compétitif par lequel le Mpr rédigea une liste
de 1075 candidats à partir de laquelle lélectorat
devait choisir 210 députés. Ici au moins, les candidats
avaient la possibilité denvoyer des observateurs
aux bureaux de vote afin de surveiller le vote et le décompte
des bulletins.
DEMANDE POPULAIRE : 1991-1997
En 1990, Mobutu subit une pression populaire demandant coûte
que coûte la formation dun gouvernement parlementaire.
Cette demande obligea Mobutu dabolir le système de
parti unique, le 24 avril 1991. Une Conférence nationale
souveraine sera organisée dans la suite. A la fin de celle-ci,
une constitution provisoire fut adoptée. Elle prévoyait
la réintégration de la séparation des pouvoirs
ainsi quune formule pour le partage équitable du
pouvoir.
Après plusieurs négociations et compromis, Mobutu
et Tshisekedi devinrent co-premiers ministres. Ce compromis stipulait
que Mobutu reste président pendant une période de
transition de deux ans, mais cette fois-ci dans un rôle
symbolique plutôt quexécutif. La formule «
Le président règne mais ne gouverne pas ».
Un Parlement provisoire fut également mis en place. Ce
pendant, cet arrangement ne dura pas, car Mobutu renvoya Tshisekedi
et son gouvernement. En 1993, Mobutu réintroduit lancienne
Constitution et rassembla son ancien Parlement. Ce conflit aboutit
à la duplication des institutions politiques : deux gouvernements,
deux parlements et deux monnaies co-existèrent alors au
Zaïre. Cette impasse politique fut finalement résolue
après compromis. Un Parlement provisoire sera mis en place.
En 1995, le Parlement provisoire mit en place une commission
électoral comprenant 44 membres : 22 de lopposition
et 22 membres pro-Mobutu. Un projet de loi électorale fut
publié en mars 1997. Il proposa un système de victoire
par majorité absolue pour les élections présidentielles
et un système pluralitaire pour le Conseil législatif
national. Les électeurs devaient sinscrire auprès
de leur commission électorale locale, qui établissait
une liste des électeurs, mais le processus fut interrompu
lors de la guerre de 1997, qui renversa Mobutu et plaça
Laurent-Désiré Kabila au pouvoir.
LE PARLEMENT SOUS LEMPRISE DES REBELLES : 1997-2001
Dès le lendemain du 17 mai 1997, le président Kabila
suspendit le processus démocratique et mit en place sa
propre Commission constitutionnelle afin de rédiger une
nouvelle Constitution. En 1998, la Commission constitutionnelle
présenta un projet de la nouvelle constitution au public,
alors que la « guerre dagression » minait déjà
lEst du pays.
Au cours de la même période, Laurent-Désiré
Kabila forma un Parlement et sélectionna ses membres de
la manière la plus aléatoire. Ledit Parlement déménagea
de Kinshasa pour Lubumbashi. Selon le rapport de Claude Kabemba,
« ce Parlement ne disposait daucun pouvoir et ne fut
jamais consulté ; le président Laurent Kabila concentra
les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif
entre ses mains ». Le pays fut ainsi dirigé jusquà
lassassinat de Laurent-Désiré Kabila en janvier
2001. Son fils qui lui succéda, créa un environnement
qui contribua à la conclusion positive du Dialogue intercongolais,
en Afrique du Sud, en décembre 2003.
I. Présidents de lAssemblée nationale
depuis lindépendance
- Kasongo Joseph: juin 1960 mars 1962
- Kimpiobi Yvon: mars 1962 novembre 1962
- Mwamba Bertin: novembre 1962 mars 1963
- Mudiburo Joseph: mars 1963 septembre 1965
- Kimpiobi Yvon: septembre 1965 juin 1967
- Boboliko Lokonga: décembre 1970 mars 1979
- Ileo Songoamba: mars 1979 décembre 1979
- Nzondomyo-A- Dokpelingo: avril 1980 mars 1984
- Kasongo Mukundji: mars 1984 octobre 1987
- Kalume Mwana Kahambwe: octobre 1987 avril 1988
- Anzuluni Bembe: avril 1988 1993
- Mgr Monsengwo Lauren:t décembre 1992 mai 1997
- Tshamala Wa Kamwanya 2000 2003 (*)
(*) Mme Omatuku Philomène a assuré ad interim la
fin du mandat
- Kamitatu Etsu Olivier: août 2003 à 2006
II. Présidents du Sénat depuis lindépendance
- Ileo Joseph: juin 1960 septembre 1961
- Komoriko Victor: juillet 1961 septembre 1962
- Kalonji Isaac: septembre 1962 septembre 1965
- Mudingayi Sylvestre: septembre 1965 - juin 1967
- Mgr Marini Bodho: août 2003
- Léon Kengo wa Dondo: mai 2007
(Source : Comprendre la transition, Fored asbl, 2004 Kinshasa,
p.32.)
Par RICH NGAPI, journal le Potentiel du Lundi 12 Decembre
2005
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