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A droite, Jean Vosté,
congolais, seul noir déporté dans le camp
de Dachau.
Photo prise après la libération du camp,
en mai 1945.
Jean Vosté vivait en Belgique et s'engagea
dans la Résistance.
Il réalisa des actions de sabotage des voies
de chemin de fer.
Il est arrêté en 1942 et va de prison
en prison, atterrir à Hartheim (Mauthausen)
et finalement à Dachau.
Après sa libération, il a vécu
en Belgique jusqu'à sa mort en 1993.
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Ces noirs déportés et
exterminés par les nazis.
Pour le bien de l'humanité, ou malheureusement
d'une infime élite de celle-ci, la barbarie industrielle
est aujourd'hui criminalisée et un travail de mémoire
laborieux est entrepris par des organisations nationales
et internationales pour doter la planète de garde-fous,
d'antidotes contre le versant obsessionnellement destructeur
de l'Homme. A cette aune le passif du nazisme a fait et
continue de faire l'objet d'une activité collective
intense de lutte contre l'oubli, de réhabilitation
des victimes, de réparations. Mais toutes les victimes,
sont-elles traitées avec les mêmes égards?
L'Allemagne hitlérienne a fait la
démonstration à grande échelle du délire
collectif auquel mène la croyance dans la supériorité
raciale, son institutionnalisation dans un appareil d'Etat
mû par elle et déterminé à appliquer
une utopie eugéniste à la gestion de la cité.
Particularité de cette barbarie, elle a ravagé
tout en les distinguant les races, blanche et noire classifiées
en dessous de l'étalon aryen dont l'Allemand était
le plus parfait représentant. A la différence
notable de la Traite négrière, déportationniste,
concentrationnaire, plus longue et plus meurtrière,
aux effets de long terme destructeurs et déstructurants
affectant la constitution psychique des individus et les
structures mentales et matérielles des sociétés
Africaines, Américaines et Caribéennes, mais
qui par sacro-sainte biblique définition ne violenta
et ne violentera que les Noirs. Les déportations
et exterminations nazies ont ainsi frappé les Tsiganes,
les Juifs, et
les Noirs, Africains et Antillais. Pourtant
dans l'évocation contemporaine du nazisme sur les
territoires reconnus du labour de la mémoire universelle,
dans les manuels scolaires, la grande masse des travaux
de recherches, les Noirs sont étrangement absents,
nulle part mentionnés, cités comme tels, afin
que les humains comprennent l'essence même de la folie
de la classification en inférieur-supérieur
des races, de toutes les races.
Or tout se passe comme si la hiérarchisation des
races, qui pourtant a fait tant de victimes, tant de dommages,
et qui continue de hanter les relations internationales,
les luttes pour la terre, la peur de la domination et l'anticipation
de la violence par la même violence amplifiée,
cette hiérarchisation raciale est appliquée
scrupuleusement dans la reconnaissance-méconnaissance
des crimes du nazisme, des crimes contre l'humanité.
Les peuples noirs de peau depuis longtemps niés à
l'humanité eurocentrique le sont aussi dans l'épreuve
historique qui en a fait des victimes incomparables des
barbaries négrières, coloniales, et singulièrement
hitlérienne.
Il n'y a pas meilleur façon de donner raison au Führer
du IIIème Reich
que de nier, adoucir, passer
sous silence, omettre les violences, tortures, déportations,
exterminations nazies contre les non aryens, parmi lesquels
les Noirs, parents pauvres de la mémoire collective
dite universelle.
Les témoignages ne manquent pourtant pas, de première
main, les rescapés du nazisme, Africains, Antillais
ont depuis longtemps instruit les historiens sur le sort
fait aux Noirs par l'Allemagne hitlérienne.
En effet les milliers de populations noires de peau qui
se sont retrouvées cernées par le nazisme
dans les années 30 du 20ème siècle
occidental provenaient de deux foyers principaux : les populations
immigrées en provenance des possessions coloniales
allemandes et qui vivaient légalement en Allemagne,
et la progéniture allemande des soldats de l'armée
coloniale française -soldats abusivement appelés
tirailleurs sénégalais- qui avaient occupé
la Rhénanie conformément aux dispositions
du Traité de Versailles. A côte de cette population
noire native ou immigrée qui se trouvait en Allemagne
quand le pouvoir nazi s'y instaura, d'autres Noirs furent
déportés dans les camps de concentration,
capturés parmi les troupes combattantes alliées
ou raflés, arrêtés autoritairement dans
les territoires conquis par l'Allemagne à l'exemple
de la France, et envoyés dans les camps de la mort.
Des Congolais, Equato-guinéens, Camerounais, Ivoiriens,
Haïtiens se retrouvèrent dans l'horreur concentrationnaire
de Neuengamme, de Ravensbrück, de Dora, de Dachau avec
des histoires personnelles diverses et quelques fois extraordinaires,
la barbarie et la souffrance humaines étant leur
lourd lot commun.
Erika NGando, était une jeune Camerounaise de 35
ans lorsqu'elle fut déportée à Ravensbrück.
Elle souffrait énormément du froid, des humiliations,
de l'extrême pénibilité des travaux,
des conditions d'entassement dans lesquelles les nazis avaient
jeté les détenues. Sous-alimentées,
surexploitées, sans chauffage, c'était le
rêche quotidien des détenues, tel qu'en témoigne
Renée Haute cur qui partagea quelques mois
de la captivité de Ngando et qui fut marquée
par une femme traumatisée, fragilisée, écrasée.
Husen, lui était ressortissant de la possession allemande
du Tanganyika, soldat émérite qui s'était
installé à Berlin où il avait fondé
une famille, eu l'honneur d'une décoration et y exerçait
la profession de lecteur en Swahili. Lorsque les lois de
Nuremberg interdisant les mariages mixtes au nom de la préservation
de la pureté aryenne furent promulguées, il
crut bon de déclarer la naissance de son fils issu
d'une relation avec une allemande. La sanction tomba imparable.
Il fut arrêté, jugé, puis déporté
au camp d'Oranienburg-Sachsenhausen, ouvert dès 1933
d'où jamais il ne revint.
Il faut savoir que les enfants afro-allemands, en grande
partie fruits des relations entre soldats africains des
troupes coloniales occupant la Rhénanie et femmes
allemandes autochtones, subirent un programme de stérilisation
de masse pour éviter que leur sang ne se mêla
à celui des pures aryennes
La propagande du
moment chauffée au puritanisme racial parlait des
Bâtards de Rhénanie comme d'une véritable
ignominie, une déchéance collective
Le cas de Carlos Grevkey, originaire de Fernando Po est
assez original. Son parcours jusqu'à sa déportation
à Mauthausen est difficile retracer, on sait qu'il
vécu à Barcelone, et qu'au moment de la guerre
d'Espagne, sa famille quitta la Catalogne pour se réfugier
en France, comme nombre de républicains espagnols.
Aux dires des survivants espagnols, l'officier SS commandant
le camp l'employait comme groom. Cet état de grâce
[?] prit pourtant fin et Carlos connut les traitements inhumains
équivalents à ceux des autres déportés
espagnols dont la solidarité lui permit de survivre
tant bien que mal.
Plutôt rocambolesque est l'histoire de Jean Nicolas
déporté Haïtien qui rendit l'âme
à peine passées les portes de la libération,
alors qu'il avait survécut à l'horreur des
camps mais trop affaiblit, malade, mourant. Résidant
en Martinique et employé à l'hôpital
de Fort-de-France, il fut déporté dans les
camps de la mort, à Buchenwald, puis à Dora-Mittelbau.
Il dût sa survie à son imagination débordante
et à ses innombrables subterfuges, se présentant
d'abord comme John Nicols, aviateur américain, puis
usant plus tard de ces aptitudes dans l'apprentissage des
langues, il se familiarisa à l'allemand, au russe
et au polonais, et fut affecté à l'infirmerie
pour y servir à la fois d'interprète et d'assistant,
fort de quelques connaissances médicales en sus !
Il parvint ainsi à sauver la vie de plusieurs déportés.
Mais la méfiance des Allemands l'emporta et, suspecté
d'espionnage, il termina dans les camps, y côtoyant
le commun des déportés et détenus,
sa santé déclina alors et il s'éteint
à Paris après la libération, le 04
septembre 1945 terrassé par une tuberculose.
Sans prétendre à l'exhaustivité, les
témoignages relatifs au déporté congolais
John Vosté, au Sénégalais Dominique
Mendy ou à l'Allemand Théodore Michaël,
noir de peau mais habitant de Berlin depuis la lointaine
installation de sa famille originaire du Tanganyika sont
tous aussi instructifs les uns que les autres, un cas emblématique
est celui du chanteur ivoiro-français John William.
Fils d'une Ivoirienne de Grand-Bassam et d'un Français,
il passa son adolescence en France et en Avril 1944, accusé
de sabotage dans l'usine de Montluçon où il
était ouvrier, il fut déporté au camp
de Neuengamme, près de Hambourg. Agé de 22
ans, employé comme mécanicien de précision,
la couleur de sa peau devint vite une attraction pour ses
geôliers -les Allemands ne se lassaient pas de la
toucher pour s'assurer qu'elle ne déteignait pas-,
mais c'est surtout l'aisance et la technicité d'un
Noir par définition de race inférieur qui
plongeait les surveillants dans la perplexité. C'est
à sa grande foi religieuse et à la solidarité
de ses co-détenus qu'il dut sa survie et sa résistance
à l'innommable négation humaine.
Ces histoires personnelles sont parties intégrante
du crime contre l'humanité perpétré
par le régime hitlérien. La mémoire
collective occidentale mais aussi africaine et mondiale
a complètement occulté ce pan de la barbarie
négrophobe, malgré une existence attestée
en faits, témoignages, écrits. Tout se passe
comme s'il devait exister une discrimination négative
au sein de la communauté des victimes du nazisme
et des barbaries humaines. A moins qu'ils en soient des
victimes comme de leurs descendants, présences non
visibles, histoire révisée, humanité
méconnue, crimes niés !
Pierre Prêche.
En savoir plus :
http://endehors.org/news/7028.shtml
http://www.afrikara.com
http://www.afrology.com/soc/oubli-nazi.html
http://www.serge-bile.com/noirs_camps_mort.htm
( rdcongo_mail@yahoo.fr
)
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